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Microphones : ce que l'on vous a rarement — ou jamais — dit !

8 janv. 2021

Préambule : Ce post est orienté sur les microphones de Studio ou ceux que l’on aura tendance à utiliser pour réaliser un enregistrement (vidéo / album …). Cela s’applique par principe également aux microphones de « scène ».


En synthèse de mon expérience, un microphone doit répondre à 3 critères :

  1. Adéquation au problème / contexte technique
  2. Qualité technique du signal restituée
  3. Dimension créative dans sa couleur et empreinte sonore.

Vous noterez que je n’ai nullement cité ici les 3 facteurs — généralement considérés comme majeurs — que nous retrouvons constamment dans la presse et forums spécialisés :

  • la Marque & son Prix (connue … donc chère)
  • sa « Légende » (…a été utilisé pour …)
  • la Technologie (dynamique, statique, ruban, …)


POURQUOI ?

Parce que très simplement si vous acheter ou utilisez un microphone pour sa marque/prix, son histoire et sa technologie, vous ne faites que vous rassurez et pouvez ainsi communiquer sur les réseaux sociaux … mais vous ne développez en rien l’expression de votre identité, intentionnalité et  propre facette créative !

… Rien de mal en soi, c’est juste qu’il faut se rappeler que ces 3 facteurs ne seront pas « entendus » par l’auditeur, et ne contribueront pas « en-tant-que-tel et magiquement » à la réussite de la capture sonore … même si votre microphone est « de marque », qu’il a coûté cher et que “Machin” l’as utilisé pour son tube !


REVENONS SUR MES 3 CRITÈRES

1) Adéquation au problème / contexte technique

La bonne question est : 

  • ” … Quelle est la source sonore que je dois capturer et quelle est l’utilisation de la capture ? ” 
  • Ex : album musical, mesure acoustiques, vox off vidéo, podcast …

La mauvaise question est : 

  • ” … Qu’est-ce que « tout le monde » fait dans ce cas ? ” 
  • Ex : … la référence à la mode abondamment présente sur les réseaux

À savoir : À ce stade, il faut examiner si la conception et la technologie du microphone correspondent au contexte pour faire un pré-choix.

Exemples : 

  • Si la source sonore est de forte intensité : il faudra valider le niveau maximum admissible sous distorsion faible (généralement pour 0,5% de distorsion, soit à un niveau relatif de -46 dB). Pour un microphone « statique » utilisé en proximitéun niveau acoustique de 130 dB SPL est vite atteint pour les « peaks » de signal (crêtes)
  • Si la source sonore est de faible intensité : cest la sensibilité & le niveau de bruit de fond qui seront les éléments importants.
    • La sensibilité étant lintensité du signal électrique généré pour un niveau acoustique normalisé : plus le microphone est sensible, moins on monte « le gain » du pré-amplificateur.
    • Le niveau de bruit de fond étant l’intensité du signal de bruit parasite généré par le microphone, et ceci idépendament du gain ou de la qualité du pré-amplificateur.
  • À budget similaire : est-il préférable de navoir que 2 microphones chers et « universels » / ou / 3 ou 4 microphones  complémentaires dans les caractéristiques et possibilité d'utilisation ?


2) Qualité technique du signal restituée

Une fois posée le « CONTEXTE » et « L’OBJECTIF », se pose la question de la Qualité du signal souhaitée. 

  • Premièrement, « Excellente » n’est pas la réponse car c’est oublier que lorsque que l’on déplace un curseur pour atteindre certaines performances (par exemple, faible bruit de fond), on affecte en contre partie une autre performance intéressante (toujours dans le même exemple : le niveau Max SPL sans distorsion).
  • Ensuite « Excellente » c’est une notion relative fondée sur du factuel, des chiffres comparables et pas sur une argumentation marketing.
  • Enfin « Excellente » , c’est un « fourre-tout » pour tout et … aussi rien. 

Que voulez-vous ? :

  • … un rendu « moyen » dans tous les cas (et donc « ordinaire »)
  • … ou un très bon rendu dans des cas très spécifiques (et donc, peu ou pas adapté dans d’autres situations)


Une fois l’objectivité technique posée, rappellez-vous que la qualité est une résultante de l’équation : 

QUALITÉ = Composants utilisés + Soin de fabrication + Savoir-faire de conception

À savoir : 

  • Dans plus de 80% des microphones du marché, il n’y a plus de différence de « Savoir-faire de conception » car les brevets sont devenus public. Ce seront donc surtout les composants utilisés / et accessoirement leur mise en œuvre / qui feront la différence audible et mesurable.
  • Exemple : Pour les microphones statique — ayant un circuit électronique identique — une différence de sonorité sera noticiable entre une électronique utilisant des composants de surface (CMS-SMD) et une électronique utilisant des composants de traversant (dit « classiques »). Donc — suivant le résultat recherché — on privilégiera une technologie de montage et de type de composant plutôt quune autre.


3) Dimension créative dans sa couleur et empreinte sonore.

C’est la partie « cachée » … voir ignorée de l’iceberg ! 

A tort attribuée exclusivement à la courbe de réponse (amplitude et linéarité), de multiples autres facteurs vont influer sur la couleur et réponse du microphone … et influencer très fortement la qualité et l’expression artistique de vos prises.

  • Exemple : un microphone statique large (ou petite) membrane sonnera différement sil possède un transformateur de sortie ou sil est « transformerless » (symétrisation via FET).
  • La couleur sonore est principalement définie par :
    • le comportement en micro-dynamique : gestion de la réponse transitoire
    • la coloration (= harmoniques)
    • la réponse fréquentielle : amplitude et linéarité

Que vous recherchiez la plus grande neutralité … ou une forte identité sonore, cette question n’est pas une option facultative.

  • Par exemple, certaines marques sont très orientée pour une grande neutralité (ex : captation de musique classique) … Utiliser leurs produits pourra vous conduire à une importante perte de temps en prise de son/éditing/mixage (…+ une frustration non consciente) si vous voulez donner une couleur de Folk-Balade-Blues !
  • Sur ce point, les différences de technologie (ruban vs statique, dynamique vs statique, directivité, …) vont apporter beaucoup de nuances sur la couleur sonore. Il est donc possible intégrer ce facteur (ex : la directivité) comme un paramètre intentionnel de rendu.
  • … et surtout — ne pas oublier — que 90% des micros « légendes » (leurs clones actuels sont donc concernés) sont nés à la période « tout analogique », tant au niveau des consoles de mixage que des enregistreurs à bande … et que lon appréciait et attendait indirectement des microphones de compenser partiellement les limites ou lacunes de cet univers analogique. Utiliser ces mêmes caractéristiques de microphone avec un pré-amplificateur « ultra-linéaire » et un enregistrement-mixage numérique nest plus le même contexte … et donc ce qui pouvait être une qualité très recherchée hier … peut devenir un défaut marquant aujourd’hui (… vécu dans les faits !).

Désolé … ça semble « si évident » … mais c’est beaucoup plus fréquent que l’on l’imagine … probablement parce le facteur de la « couleur sonore » est rarement évoqué dans les fiches techniques, tests ou communications.


Pour mémo pratique 

1) Un « bon micro » utilisé dans un contexte pour lequel il ne correspond pas conduit à obtenir un signal qui ne sert pas la cause du projet.

2) Aucun plug-in ne pourra vous redonner la couleur « native » d’un microphone, soit pour retirer la couleur non désirée, soit pour apporter la couleur désirée.

3) Un micro « très connu » et N° 1 des vente … sera probablement le pire choix pour votre projet, s’il ne correspond pas RÉELLEMENT (et donc factuellement) à l’adéquation/qualité et couleur recherché.

4) Un micro pleinement en adéquation de votre projet ne vous demandera pas d’équilisation ou de plug-ins correcteurs  (De-esseur / Émulation, rajout d’harmoniques …) pour avoir « le bon son » dans le mix ! 

Ce nest pas une obligation de méthode, … juste une information que cest possible !



Ma recommandation finale est :

  • Les différences technologiques, qualitatives et sonores des microphones sont réelles et au delà de la notoriété des marques ou modèles. 

  • La marque, la renomée et le prix d’un microphone seront de peu d'utilité … si le son attendu n’est pas là directement à la capture !

  • Le prix (surtout élevé) est rarement un indicateur que le produit correspondra à votre choix.

  • Travaillez sur le contexte et l’écoute comparative de plusieurs modèles, … pour acquérir une capacité d’analyse et une conviction sur le bon choix à faire par rapport aux 3 critères que j’ai cités en référence.